Ce qui a été construit Ce qui a été abandonné Ce que ça révèle

TRS, EasyVista, DevOps :
ce que l'Académie de Versailles a construit
— et ce qu'elle a abandonné

Un retour d'expérience complet n'est honnête que s'il dit aussi ce qui n'a pas survécu — et pourquoi. Avec les faits, les documents, et ma part de responsabilité.

Jacky Galicher, consultant, ancien DSI des Académies de Versailles et de Normandie · jgconsultants.fr

J'ai publié deux articles sur ce que nous avons construit à la DSI de l'Académie de Versailles : le TRS comme indicateur de pilotage de la performance, DevOps comme projet de management et de transversalité. Ce que ces articles ne disaient pas encore : EasyVista a été résilié, le TRS abandonné, la certification AFNOR remise en question, l'application Karina disparue. Cet article dit pourquoi — avec les documents, les dates, et sans esquiver ma part de responsabilité.

Une décennie de construction — les faits documentés

Tout commence en 2007, non pas par une décision isolée, mais par un appel à projet d'initiative académique adressé au SG-STSI du ministère. L'objectif : déployer EasyVista comme solution intégrée d'IT Management — un véritable ERP du service informatique. Versailles est acteur principal de la construction de ce premier appel d'offre. Elle en définit les exigences et le porte pour l'ensemble du groupement inter-académique.

Ce que la lettre de création de la DSI en juillet 2012 appelle « CARIINA » — Centre d'Assistance et de Ressources Informatiques Inter Académique — n'est pas un outil distinct d'EasyVista. C'est le nom académique de la plateforme. Un seul dispositif, deux noms, une seule histoire de douze ans. Dans ce cadre, Versailles portait le marché et administrait fonctionnellement la plateforme pour les académies de Créteil et de Rouen.

🏆

Première nationale

La DSI de l'Académie de Versailles assure l'infogérance informatique des 109 collèges du Val d'Oise — sous convention avec le Conseil général du département.

Première DSI académique en France à prendre en charge la gestion informatique d'une collectivité territoriale. 95 % de satisfaction pour les bénéficiaires du réseau unifié (enquête 2012, 72 % de taux de retour sur 109 collèges).
2006–2007
Premier appel d'offre EasyVista — Versailles en pilote

Démarche ITIL, guichet unique CARIINA/EasyVista. Versailles construit et porte le premier appel d'offre du groupement inter-académique. Premier marché notifié en 2007 : 300 000 euros de redevance annuelle, financés sur le budget DSI académique.

2010–2012
Infogérance Val d'Oise + création officielle de la DSI

Convention avec le Conseil général du Val d'Oise : infogérance des 109 collèges avec 12 Conseillers Techniques de Proximité — première nationale. Création de la DSI sous ma direction, aval du Recteur Boissinot, recommandations de l'IGAENR. Les académies de Créteil (2ème de France) et de Rouen rejoignent la plateforme administrée par Versailles.

2013
Marché inter-académique élargi + Think Tank TRS + EQOS V2

Deuxième marché EasyVista dans un groupement de 10+ académies. Versailles administre la plateforme pour Créteil et Rouen. Entrée dans le Think Tank Automic pour le TRS. Expérimentation EQOS V2 : outil national de mesure de qualité de service sur les applications nationales. Bilan septembre 2013 : nécessité de mesurer la disponibilité de l'ensemble des services web.

2014–2016
TRS industrialisé — enquêtes bisannuelles — DevOps lancé

Co-construction avec EasyVista d'un module APPS de calcul semi-automatisé du TRS. 98 % de satisfaction utilisateurs. TRS affiché sur l'intranet chaque mois. Troisième marché EasyVista. Enquêtes de satisfaction bisannuelles publiées avec plans de progrès. Démarche DevOps lancée.

2017
Enquête 2017 + Note Club EasyVista + DNE acte iTop

Enquête 2017 : 7 523 sollicités, 2 106 réponses (28 %), 87 % satisfaction globale, 29/30 critères au-dessus de 80 %. Plan de progrès : intégration d'un assistant virtuel — l'embryon de Karina. Je signe une note pour accueillir le Club EasyVista. Simultanément, la DNE acte la migration vers iTop/SUMiT. Versailles est consultée. L'arbitrage retient iTop, porté par l'équipe nationale ITIL de Rennes. Le cahier des charges de Versailles n'est pas repris.

Fév. 2018
Lettre du Recteur à la DNE sur EQOS — sans réponse

Courrier officiel au Directeur du Numérique pour l'Éducation : des applications nationales sensibles (IPROF, IPEL, DEMACT, MICADO) ne sont pas dans EQOS. Sans cet outil, calculer le TRS sur les applications nationales est impossible. La DNE ne répond pas. EQOS ne sera jamais généralisé.

Mi-2019
Certification NF Service AFNOR — première DSI publique française

Après 18 mois de travail collaboratif, le service Relation Clients obtient la certification NF Service AFNOR. Première DSI publique française certifiée sur ce référentiel. Portée par la responsable du service Relation Clients depuis les origines.

Oct. 2019
Prix AFRC Meilleure Équipe Relation Client Augmentée

Prix AFRC 2019 aux côtés d'Allianz France et MACSF Groupe pour l'application d'assistance virtuelle « Karina » — conçue en 3 mois par la mutualisation des compétences des conseillers, méthode des Personae. Une DSI académique publique primée parmi 300 entreprises de 23 secteurs.

Nov. 2019 →
Départ — et effacement progressif

Je pars pour l'Académie de Normandie. La responsable du service Relation Clients — cheville ouvrière du TRS, de la certification AFNOR et de Karina depuis 2006 — part à la retraite. Son adjointe également. EasyVista est résilié. Le TRS disparaît. Karina disparaît. La démarche DevOps n'est pas poursuivie. Le devenir de la certification AFNOR, soumise à audit annuel, reste à confirmer.

La preuve par les chiffres — enquêtes bisannuelles publiées

Ce n'est pas seulement ce que nous disions de nous-mêmes. Ce sont les utilisateurs — 7 523 sollicités en 2017 — qui l'ont dit. La DSI organisait une enquête de satisfaction tous les deux ans, publiait les résultats, annonçait un plan de progrès et en rendait compte deux ans plus tard. Cette boucle mesure-action-vérification est précisément ce qui a disparu avec les outils.

Enquête 2012 — Collèges Val d'Oise

Taux de retour72 %
Satisfaction réseau unifié95 %
Satisfaction portail CARIINA82 %
Assistance de proximité> 80 %
Établissements répondants80 / 109

Enquête 2017 — Ensemble de l'académie

Utilisateurs sollicités7 523
Réponses obtenues2 106 (28 %)
Satisfaction globale DSI87 %
Critères > 80 % satisfaction29 / 30
Progression vs 2015+4 pts taux retour

Ce qui a été perdu — en chiffres

Le palmarès de la DSI de Versailles — octobre–novembre 2019

🏆
Certification
NF Service AFNOR
1ère DSI publique Fr.
🥇
Prix AFRC 2019
Relation Client
Augmentée
📊
Satisfaction
98 %
Service Desk
🏫
Infogérance
1ère nationale
109 collèges Val d'Oise
🎓
Académies
Créteil + Rouen
administrées par Versailles
📅
Durée
12 ans
de construction 2007–2019

Pendant mon mandat

  • TRS calculé mensuellement, public sur l'intranet
  • EasyVista/CARIINA : ERP du service IT depuis 2006
  • Certification NF Service AFNOR — 1ère DSI publique
  • Prix AFRC Relation Client Augmentée 2019
  • Application Karina (assistant virtuel)
  • 98 % satisfaction — enquêtes bisannuelles publiées
  • Infogérance 109 collèges Val d'Oise — 1ère nationale
  • Administration plateforme Créteil et Rouen
  • Chaîne DevOps opérationnelle

Après mon départ

  • TRS abandonné — aucun indicateur d'efficience
  • EasyVista résilié — remplacé par iTop/SUMiT
  • Certification AFNOR : statut à confirmer
  • Aucun prix relation client depuis
  • Karina disparue avec ses conceptrices
  • Enquêtes de satisfaction arrêtées
  • Rôle de référente inter-académique perdu
  • Démarche DevOps non poursuivie
  • Infogérance Val d'Oise — convention résiliée
  • Retour à un simple outil de ticketing

Cinq facteurs combinés — aucun suffisant seul

1
La disparition simultanée de tous les porteurs humains En quelques mois : mon départ, la retraite de la responsable du service Relation Clients — qui portait le TRS, la certification AFNOR et Karina depuis 2006 — et celle de son adjointe. Toute la mémoire opérationnelle disparaît en même temps. Aucune clause de succession n'avait été formalisée. C'est ma responsabilité première.
2
L'étranglement par la finance EasyVista était financé sur le budget DSI local : 300 000 euros par an, visible, arbitrable, résiliable. iTop/SUMiT est financé par le ministère — gratuit pour l'académie. Pas d'obligation formelle de migrer. Mais quand un outil coûte et que son alternative est gratuite, le choix se fait sans décision explicite. L'étranglement budgétaire facilite ce que personne ne veut assumer de décider.
3
Le rachat d'EasyVista et la fin du partenariat La relation avec EasyVista n'était pas un contrat ordinaire — c'était un partenariat de douze ans. Versailles avait construit le premier appel d'offre, co-développé le module TRS, accueilli le Club utilisateurs secteur public, administré la plateforme pour Créteil et Rouen. Le rachat de l'éditeur a transformé ce partenariat en contrat fournisseur ordinaire — et un contrat coûteux.
4
L'arbitrage national en faveur d'iTop — sans reprendre le cahier des charges de Versailles Versailles a été consultée pour le nouvel appel d'offre national SUMiT — elle avait construit le premier. L'arbitrage a retenu iTop, porté par l'équipe nationale ITIL de Rennes : open source, français, gratuit, souverain. Le cahier des charges de Versailles — avec ses exigences de mesure TRS, de certification qualité, d'enquêtes de satisfaction — n'a pas été repris. Ce n'est pas une décision contre Versailles. C'est une décision pour le coût.
5
L'abandon ministériel des outils de mesure de la qualité de service Dès 2013, Versailles expérimentait EQOS V2 — l'outil national de mesure de disponibilité des applications nationales, indispensable pour calculer le TRS sur ces périmètres. En février 2018, le Recteur écrit officiellement à la DNE : des applications nationales sensibles (IPROF, IPEL, DEMACT, MICADO) ne sont pas dans EQOS. La DNE ne répond pas. EQOS ne sera jamais généralisé. La logique nationale choisit structurellement la rationalisation des coûts sur la qualité mesurée.

La migration vers iTop était arbitrée au niveau national. L'abandon du TRS, des enquêtes de satisfaction et de la culture de mesure, lui, était un choix — par défaut, par absence de porteur, par manque d'ancrage institutionnel. Ces deux abandons ne sont pas de même nature. Il importe de les distinguer.

— Jacky Galicher, jgconsultants.fr, juin 2026

Ce que cela enseigne

Pour les DSI

Chaque outil de gouvernance doit avoir un porteur identifié en dehors de vous. Inscrivez-le dans le schéma directeur, dans une décision formelle du comité de gouvernance, dans le plan d'actions annuel. Formez un successeur interne. Et si un outil ne tient que par votre propre légitimité, vous n'avez pas fini de le déployer.

Pour les éditeurs

Votre champion DSI peut partir. Votre rachat peut transformer un partenariat en contrat ordinaire. La question à poser : qui défendra le renouvellement si le champion part ? Et qu'est-ce qui ancre la valeur de votre outil dans l'institution plutôt que dans une personne ?

Pour les décideurs nationaux

Quand une académie pilote construit le premier appel d'offre national, administre la plateforme pour Créteil et Rouen, réalise la première infogérance de collectivité territoriale par une DSI académique, obtient la première certification AFNOR d'une DSI publique française et remporte un prix national de la relation client — elle mérite que son cahier des charges soit repris dans le suivant. Consulter sans retenir l'expertise construite, c'est rationaliser les coûts tout en effaçant la valeur. Et une administration qui abandonne ses outils de mesure finit par ne plus pouvoir mesurer si ses décisions étaient les bonnes.

→ jgconsultants.fr

Ma vie de DSI est un roman

En arrivant en Normandie fin 2019, j'ai retrouvé iTop administré par l'équipe nationale de Rennes — un outil solide, mais dans lequel le concept de TRS n'était pas connu. Avant d'envisager de retrouver le niveau de Versailles, il fallait d'abord construire un guichet unique pour deux académies fusionnées qui n'en avaient pas encore.

Réussir la première fusion académique nationale — 60 000 agents, 600 000 élèves, deux cultures, deux organisations — impose de choisir ses combats. Ce n'est pas un abandon. C'est un arbitrage. Le même, au fond, que celui que j'analyse dans cet article : à ressources constantes, on ne peut pas tout porter en même temps.

Ce REX sur Versailles, je l'écris depuis l'extérieur — consultant, avec le recul que le départ autorise et que la fonction interdit. Ma vie de DSI est un roman. Cet article en est un chapitre. Il y en a d'autres.

Jacky Galicher · jgconsultants.fr · juin 2026
Sources : Appel à projet EasyVista Discovery (2007–2008) · Enquête satisfaction collèges Val d'Oise (nov. 2012) · Lettre DSI Académie de Versailles (juil. 2012) · Note EQOS/ANS au Recteur · Courrier DNE EQOS (fév. 2018) · Enquête satisfaction DSI (2017) · Note au Recteur Club EasyVista (juin 2017) · CIO-Online (oct. 2013, mai 2015, juil. 2016, sept. 2023) · Alliancy (avr. 2018) · SlideShare CRIP 2015 · Think Tank Automic (2013–2016) · AFRC Blog (oct. 2019) · RelationClientMag (oct. 2019) · Combodo/SUMiT success story (oct. 2025)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut