TRS, EasyVista, DevOps :
ce que l'Académie de Versailles a construit — et ce qu'elle a abandonné
Un retour d'expérience complet n'est honnête que s'il dit aussi ce qui n'a pas survécu au départ de celui qui portait tout.
Jacky Galicher, consultant, ancien DSI des Académies de Versailles et de Normandie · jgconsultants.fr
J'ai publié deux articles sur ce que nous avons construit à la DSI de l'Académie de Versailles entre 2013 et 2019 : le TRS comme indicateur de pilotage, et DevOps comme projet de management. Ce que ces articles ne disaient pas encore : le TRS mesuré via EasyVista et la démarche DevOps ont été abandonnés après mon départ. Cet article dit pourquoi — et ce que cela révèle d'une fragilité structurelle que beaucoup de DSI vivent sans l'avoir nommée.
Ce qui a été construit — et ça valait quelque chose
À partir de 2013, la DSI de l'Académie de Versailles a mis en place une démarche de pilotage fondée sur le Taux de Rendement Synthétique (TRS), mesuré et semi-automatisé via EasyVista. En 2016, le TRS était affiché publiquement sur l'intranet chaque mois — un engagement de transparence vis-à-vis de toute la communauté DSI, pas seulement un outil interne.
Alliancy, avril 2018
« Pour l'Académie de Versailles et son DSI, la confiance et la transparence sont les fondamentaux d'une transformation numérique au service des usagers. »
— Sylvain Fievet, CEO d'Alliancy, décrivant la démarche comme "exemplaire" et "inspirante"Sur le plan DevOps, la démarche lancée en 2015 avait produit des résultats concrets : déploiements silencieux sans interruption de service, chaîne d'automatisation complète (Jalios JADE, Dollar Universe, Nudge APM), et surtout un début de culture commune entre développeurs et exploitants fondée sur des indicateurs partagés.
Ce qui a été abandonné — et comment
À mon départ fin 2019 pour l'Académie de Normandie, le TRS mesuré via EasyVista et la dynamique DevOps n'ont pas survécu. EasyVista a été résilié. La mesure d'efficience a disparu avec l'outil.
Pendant mon mandat
- TRS calculé mensuellement, public sur l'intranet
- EasyVista en SaaS, module TRS semi-automatisé
- +90 % de satisfaction Service Desk
- ~6 000 tickets/mois, affectation automatique
- Chaîne DevOps opérationnelle sur les portails
- Culture de mesure partagée Dev/Ops
- Nudge APM en déploiement sur tout le parc
Après mon départ
- TRS abandonné — plus de mesure d'efficience
- EasyVista résilié
- Indicateur de satisfaction disparu avec l'outil
- Traitement des tickets non structuré
- Démarche DevOps non poursuivie
- Silos Dev/Ops reconstitués
- Nudge APM abandonné avant généralisation
Le mécanisme — celui qu'on ne nomme pas
Pourquoi des outils qui fonctionnent, qui produisent de la valeur mesurée, qui ont été salués par la presse professionnelle, disparaissent-ils au départ de celui qui les a introduits ? La réponse n'est pas dans la qualité des outils. Elle est dans la structure de la gouvernance IT publique.
Un outil que vous seul défendez est un outil fragile. La gouvernance IT ne peut pas reposer sur la seule légitimité d'une personne.
— Jacky Galicher, jgconsultants.fr, juin 2026Ce que cela enseigne — aux DSI et aux éditeurs
Pour les DSI
Chaque outil de gouvernance que vous introduisez doit avoir, dès le départ, un porteur identifié en dehors de vous. Inscrivez l'outil dans le schéma directeur, dans le budget pluriannuel, dans une décision formelle de la direction. Ce n'est pas de la bureaucratie : c'est la seule façon de lui donner une chance de survivre à votre départ.
Pour les éditeurs
Votre champion dans l'organisation peut partir du jour au lendemain. La question à poser n'est pas seulement « qui signe ? » mais « qui défendra le renouvellement si le signataire part ? » Un DSI qui introduit votre outil sans avoir formé son successeur potentiel, c'est un risque client que vous portez tous les deux.
J'ai analysé le même phénomène dans le contexte de mon départ de l'Académie de Normandie, où trois autres outils — Abraxio, CAST Software, un projet de virtualisation — ont subi le même sort. L'article ci-dessous est plus analytique, il nomme le mécanisme et ses causes structurelles.
Abraxio, CAST Software, virtualisation : trois outils abandonnés après mon départ de Normandie. Analyse du mécanisme structurel et de ce que DSI et éditeurs peuvent faire pour l'éviter.
→ jgconsultants.frUn retour d'expérience honnête — sans fausse modestie, sans fausse humilité
Je ne tire pas de ces abandons une conclusion sur la qualité du TRS, d'EasyVista ou de la démarche DevOps. Ces outils étaient pertinents. Ils ont produit de la valeur mesurée, documentée, reconnue. Ils auraient dû continuer à exister.
Je tire une conclusion sur ma propre responsabilité dans leur fragilité : j'aurais dû travailler plus tôt à les désacraliser, à faire en sorte qu'ils appartiennent à l'institution plutôt qu'à ma vision personnelle.
Et je tire une conclusion sur la structure de la gouvernance IT publique en France : elle reste trop dépendante des individus, trop prompte à sacrifier les outils de pilotage au nom d'économies dont elle sera ensuite incapable de mesurer l'impact réel. C'est précisément ce paradoxe qui résume le mieux ce que j'ai observé.
Un retour d'expérience honnête le dit. Le voilà dit.
