Fin août 2026, plus d'une centaine d'acteurs de la tech et de la cybersécurité, parmi lesquels Microsoft, Google, IBM, Anthropic, Cisco, Capgemini et Accenture, ont cosigné un appel initié par OpenAI en faveur d'une action collective en cyberdéfense.
Le constat général n'est pas neuf : les attaques assistées par IA vont se multiplier et les défenseurs disposent d'une fenêtre pour combler des années de dette technique. Mais un point précis mérite qu'on s'y arrête. Il concerne les entreprises développant les modèles d'IA les plus avancés, appelées à garantir la traçabilité des identités agentiques ainsi que l'imputabilité des actions qui leur sont associées.
Autrement dit, une identité agentique est l'identité technique attribuée à un agent IA pour l'authentifier, lui accorder des droits et tracer ses actions.
Une architecture de responsabilités, pas une liste de bonnes pratiques
Ce texte n'est pas un plaidoyer générique pour « plus de sécurité ». Il s'adresse à quatre publics distincts, chacun porteur de responsabilités spécifiques : l'ensemble des organisations, les entreprises de cybersécurité et leurs partenaires technologiques, les gouvernements et les entreprises d'IA de pointe.
À chaque organisation, le texte demande une chose simple : traiter la cyberdéfense avec l'urgence d'un incident. Cela signifie corriger les faiblesses critiques, vérifier les résultats sans perturber les services essentiels et relever le niveau d'exigence sur ce qui est acheté, construit et déployé, y compris le code généré par IA. On retrouve ici des fondamentaux connus : moindre privilège, contrôles d'accès renforcés et défense en profondeur.
La section adressée aux entreprises d'IA de pointe va plus loin. Elle leur demande de mettre en place des capacités d'observabilité, de garantir la traçabilité des identités agentiques et de rendre imputables les actions associées. Une identité n'est pourtant pas elle-même « responsable ». Ce qui compte, c'est de pouvoir rattacher chaque action à un agent, à des droits précis et, finalement, à une responsabilité humaine.
Pourquoi cette exigence traverse toute une chaîne, pas un seul acteur
On pourrait croire que la traçabilité des agents IA relève uniquement de ceux qui construisent les modèles. Mais c'est une lecture trop rapide : une identité agentique n'est pas une fonctionnalité du seul modèle. Sa traçabilité traverse toute la chaîne de délégation : le fournisseur d'IA, l'intégrateur, les mécanismes d'authentification, les droits accordés en interne et les journaux conservés. La responsabilité ne peut donc reposer sur un seul acteur. Elle doit rester reconstructible de bout en bout.
Pour une organisation qui déploie des agents IA, la donne change. La vigilance ne disparaît pas lorsqu'un fournisseur promet une identité traçable : elle change de nature. Une partie de la maîtrise se déplace vers la capacité à auditer les garanties d'un tiers. Il faut donc savoir les exiger, les éprouver et les vérifier. Or, peu d'organisations savent aujourd'hui formuler ces exigences dans un cahier des charges, et moins encore vérifier leur respect après la signature.
La distinction qui sépare une sécurité déclarée d'une maîtrise réellement mobilisable
C'est un écart que j'observe depuis plusieurs années. D'une part, une sécurité déclarée : une politique, un contrat, une case cochée. D'autre part, une maîtrise mobilisable : la capacité à démontrer, à tout moment, qui a fait quoi et avec quels droits.
L'appel d'OpenAI va dans ce sens. Il invite les entreprises de cybersécurité et leurs partenaires technologiques à mesurer les progrès à partir de résultats vérifiables : nombre d'organisations protégées, rapidité d'endiguement des attaques et efficacité réelle des correctifs. Cette capacité à exiger des résultats, à les vérifier et à reprendre la main constitue précisément un test du capital de maîtrise.
Ce que cela signifie concrètement pour une DSI
Trois chantiers découlent de cette lecture :
- Exiger la traçabilité de bout en bout. Il faut identifier chaque maillon : modèle, orchestration, authentification et journalisation. Une garantie générique du seul fournisseur ne suffit pas.
- Ne pas confondre autonomie et absence de contrôle. La défense en profondeur doit intégrer les identités agentiques comme une catégorie d'identités non humaines à part entière, avec des droits limités, une surveillance continue et des mécanismes de révocation.
- Documenter systématiquement les incidents. Cela concerne également ceux qui révèlent des failles de gouvernance, et pas seulement des failles techniques. Cette documentation est indispensable au partage du renseignement sur les menaces et de procédures éprouvées, comme le recommande l'appel.
En somme, l'IA agentique peut accélérer l'action des défenseurs. Mais elle ne dispense aucune organisation de comprendre ce qu'elle délègue, de décider des limites, de contrôler les actions et de pouvoir reprendre la main. Ces exigences doivent être posées maintenant, pendant que la fenêtre reste ouverte.
