Ce que le rapport CIANum révèle — et que l'Éducation nationale illustre depuis vingt ans
Le Conseil de l'IA et du Numérique vient de publier un diagnostic lucide sur nos dépendances numériques. Praticien de la DSI publique, je veux en prolonger la lecture à partir du terrain.
80 à 90 % de dépendance pour les logiciels et services cloud. Un marché de 50 à 70 milliards d'euros largement capté par trois acteurs américains. Le rapport du CIANum ne formule pas une alarme : il documente un état de fait.
Ceux qui ont exercé des responsabilités DSI dans la sphère publique connaissent cet état depuis longtemps — sans toujours avoir les mots, ni les leviers, pour y remédier.
Un diagnostic partagé, une terminologie enfin clarifiée
Le premier mérite du rapport est conceptuel. En effet, il rompt avec le discours binaire qui oppose souveraineté totale et dépendance assumée. À la place, il pose la notion d'autonomie stratégique : non pas l'autarcie, mais la capacité à piloter ses dépendances, à en mesurer le coût réel, et à conserver une liberté de choix effective.
Cette formulation mérite d'être retenue et répétée. Elle déplace en effet le débat : il ne s'agit plus de savoir si nos données sont hébergées en France, mais de vérifier que nous conservons une capacité réelle de décision et de changement.
- 1Contrôle et liberté de choix — capacité à décider sans y être contraint par un tiers
- 2Réversibilité — changer de fournisseur sans coût prohibitif ni perte de données
- 3Diversification — stratégie multi-fournisseurs, pas d'acteur unique
- 4Sécurité — protection des données et réduction des vulnérabilités cyber
- 5Régulation — capacité à imposer des règles aux acteurs opérant sur le territoire
- 6Sobriété — éviter la surabondance fonctionnelle, cohérence avec les engagements climatiques
- 7Formation — soutien à la recherche, attraction des talents, transferts vers l'industrie
- 8Interopérabilité — standards ouverts comme condition de la coopération durable
Ce référentiel en huit points est utile. Il permet notamment de sortir des déclarations de principe pour entrer dans l'évaluation concrète. Axe par axe, établissement par établissement, académie par académie.
Le chiffre qui ne surprend pas ceux qui ont vécu de l'intérieur
Source : CIANum, 2026
Ce chiffre ne surprend pas les DSI qui ont exercé dans les académies ou les administrations d'État. Il confirme en effet ce que les arbitrages budgétaires, les négociations contractuelles et les audits de portefeuille applicatif donnent à lire depuis des années : la dépendance n'est pas un accident, c'est un résultat.
Or ce résultat est le produit de décisions successives, souvent rationnelles à court terme — compatibilité, coût perçu du changement, pression des usages — mais qui se cumulent en un verrou structurel que personne n'a décidé mais que tout le monde subit.
L'Éducation nationale, miroir grossissant d'une tension nationale
Le rapport pointe une tension centrale : l'État joue simultanément deux rôles. D'une part, orchestrateur de la souveraineté numérique — il veille à ce que citoyens et entreprises disposent de solutions maîtrisées. D'autre part, utilisateur captif — il opère des choix d'approvisionnement qui contredisent parfois ses propres injonctions. C'est là que la contradiction entre le discours souverainiste et les pratiques d'achat est la plus criante.
À cet égard, l'Éducation nationale en est l'illustration la plus visible : premier employeur de France, mais aussi premier bénéficiaire des accords-cadres nationaux avec les éditeurs américains.
Le renouvellement récent du contrat Microsoft pour l'ensemble du secteur éducatif en est une illustration parmi d'autres. Certes, il n'a rien d'illégal et n'est pas nécessairement irrationnel au vu des contraintes opérationnelles du moment.
Mais il révèle quelque chose d'essentiel : l'absence d'alternative crédible au moment du choix est le vrai problème — et cet état se construit sur une décennie, pas en un cycle de marchés publics.
Audran Le Baron lui-même l'a reconnu devant la commission d'enquête parlementaire sur les dépendances numériques (Assemblée nationale, 18 février 2026) : le cadre de cohérence technique actuel vise à s'affranchir des dépendances non européennes.
Mais « ce n'était pas le cas à l'origine, en particulier de par la construction du SI à une maille académique ». C'est-à-dire exactement le modèle décentralisé que j'ai géré pendant quinze ans à Versailles. La dépendance d'aujourd'hui est ainsi l'héritage direct d'une architecture pensée académie par académie, sans vision de réversibilité à l'échelle nationale.
Un verrou de fait, pas une faute
J'ai en effet dirigé la DSI de l'Académie de Versailles pendant quinze ans, puis la DSI de l'Académie de Normandie. J'ai vécu ces arbitrages de l'intérieur : la pression des délais, la réalité des équipes réduites, la légitimité limitée pour résister à une offre institutionnelle bien packagée. Ce n'est pas un jugement moral que je formule. C'est un constat structurel.
Ce que le rapport dit bien, et ce qu'il pourrait approfondir
Le CIANum propose des mécanismes concrets : une Fabrique des Communs Numériques, un label public certifiant les solutions sur étagère, un fonds dédié aux communs numériques stratégiques, et le principe désormais incontournable du "public money, public code and public governance".
Ces pistes sont cohérentes. L'approche par les communs numériques me semble par ailleurs particulièrement prometteuse : elle évite à la fois le fantasme de l'État-développeur et la passivité face aux éditeurs dominants. Elle pose la question du bien commun numérique comme catégorie d'action publique à part entière.
Toutefois, une dimension reste à mes yeux insuffisamment traitée : la formation et la culture des décideurs numériques territoriaux.
Les DSI d'académie, les DRASI, les équipes des rectorats ne manquent pas de bonne volonté. Ils manquent en revanche de temps, de ressources humaines qualifiées, et souvent de légitimité institutionnelle pour résister à des offres bien financées, portées par des équipes commerciales expérimentées, et couvertes par des accords nationaux qui leur retirent toute marge de manœuvre locale.
La souveraineté numérique ne se décrète pas depuis Paris. Elle se construit, au contraire, dans les arbitrages quotidiens des DSI territoriaux. Et pour cela, il faut des outils de gouvernance adaptés, des réseaux de pairs actifs, et une reconnaissance institutionnelle du rôle stratégique de la fonction DSI dans les services publics.
Versailles : quand la pénurie de compétences fabrique la dépendance
Il existe un deuxième mécanisme de capture, moins visible que la centralisation des infrastructures, mais tout aussi structurant : le déficit chronique de compétences techniques dans la fonction publique.
Un vivier capté par les administrations centrales
À l'Académie de Versailles — la plus grande académie de France, 206 agents informatiques, 10 800 postes de travail, 131 applications — j'ai observé sur quinze ans une réalité rarement décrite avec la précision du terrain.
C'est le désengagement progressif des équipes techniques, alimenté par une incapacité structurelle à recruter et retenir des profils qualifiés. Mais il faut être précis : ce n'est pas principalement la concurrence du secteur privé qui a capté ces cadres. Ce sont les administrations centrales — DGFIP, douanes, DGDDI — dont les régimes indemnitaires étaient structurellement plus attractifs que ceux des DSI académiques.
Le déséquilibre des rémunérations en Île-de-France
En Île-de-France, l'écart de rémunération entre un ingénieur système ou réseau dans la fonction publique et son équivalent dans le privé est massif. Les profils formés partent. Ceux qui restent sont, de surcroît, sollicités au-delà du raisonnable. Et les postes vacants s'accumulent sans qu'il soit possible de les pourvoir sur un marché du travail où la concurrence est nationale, voire internationale.
La DNE elle-même a bénéficié de ce vivier. Aujourd'hui, la majorité des cadres qui ont quitté la DSI de Versailles ont rejoint la Direction du Numérique pour l'Éducation. François Gilles, ancien cadre de la DSI de Versailles, en est l'exemple le plus emblématique — il est aujourd'hui adjoint au Directeur du Numérique pour l'Éducation. D'autres ont rejoint les services du Premier ministre.
Ce n'est pas une critique : c'est la description d'un circuit structurel que personne n'a organisé délibérément. La périphérie académique forme des compétences de niveau interministériel. Le centre administratif les capte — DNE, administrations fiscales, services du Premier ministre. Et c'est ensuite ce centre renforcé qui impose aux académies des choix d'infrastructure que les DRASI restants ne peuvent plus contester.
La marque DSI de Versailles : force et paradoxe
La DSI de Versailles n'était pas seulement un centre de coûts : c'était une marque. Reconnue par la presse professionnelle — IT for Business, CIO Magazine — certifiée AFNOR, présente dans les instances nationales, lauréate du Trophée du Marketing de la DSI en 2017.
Un commercial de SFR me l'a dit un jour sans détour : "Tu as créé la marque DSI de l'académie de Versailles." Ce niveau de visibilité avait un revers direct : il rendait nos cadres encore plus attractifs pour les administrations centrales. Plus nous avons investi dans la crédibilité de la fonction DSI, plus nous avons accéléré l'aspiration vers le haut.
Gouvernance Île-de-France : le millefeuille comme frein structurel
À cette dynamique s'ajoute un facteur supplémentaire. La création de la Direction Régionale Académique du Numérique (DRASI) d'Île-de-France — regroupant les académies de Versailles, Paris et Créteil — a considérablement complexifié le pilotage.
Un recteur de région académique (Paris) chapeaute trois recteurs d'académie, dont deux — Versailles et Créteil — représentent des périmètres bien supérieurs à celui du recteur coordinateur. Cette asymétrie de taille, combinée à une gouvernance à deux niveaux superposés, dilue les responsabilités et réduit la capacité de résistance locale face aux injonctions de la DNE.
La solution cohérente serait pourtant connue : la fusion. L'Île-de-France représente plus de 20 % des effectifs de l'Éducation nationale. À l'instar de ce que j'ai conduit en Normandie — première fusion nationale de deux DSI académiques, Caen et Rouen, en 2019 — une académie unique d'Île-de-France simplifierait la chaîne de décision.
Elle renforcerait en outre le poids de la DRASI face à la DNE et éliminerait le millefeuille institutionnel actuel. La Normandie a montré que c'est faisable. L'Île-de-France, avec ses moyens et ses enjeux, a tous les atouts pour y parvenir.
Il faut néanmoins nuancer le constat sur les départs. Que la DNE recrute dans les académies plutôt que dans les cabinets d'audit est, à bien y réfléchir, une bonne nouvelle. Les profils académiques connaissent le terrain : ils savent ce qu'est un proviseur à 23h sans réseau, une rentrée avec 800 000 élèves, un rectorat avec 50 000 comptes actifs.
Les consultants de cabinets, eux, arrivent avec des frameworks génériques et repartent avec leurs honoraires. Dans les couloirs, on les appelait les "Monsieur PowerPoint". Recruter des praticiens formés sur le terrain de l'Éducation nationale est donc un choix défendable — à condition que les académies disposent des moyens de renouveler ce qu'elles ont perdu.
Du déficit RH au verrou technologique : un enchaînement documenté
Ce n'est pas une observation isolée. La Cour des comptes, dans son rapport d'octobre 2025, identifie en effet le recrutement et la fidélisation d'équipes numériques qualifiées comme l'un des trois piliers conditionnant toute stratégie de souveraineté effective.
Sans ce triptyque — achats structurants, sécurité by design, compétences — la capacité à exploiter des environnements souverains à grande échelle risque d'être bridée, même en présence de référentiels comme SecNumCloud.
Plus révélateur encore : la Cour constate que le Comité interministériel du numérique a consacré l'essentiel de ses échanges entre 2021 et 2024 aux "conditions de recrutement et de rémunération des contractuels, la réinternalisation des compétences et la formation" — au détriment des questions de souveraineté opérationnelle.
Le symptôme était connu et mobilisait les instances au plus haut niveau. Pourtant, sans traitement systémique de la rémunération dans la fonction publique, le cercle reste vicieux.
① La DNE centralise les infrastructures et impose des piles techniques (VMware, Microsoft, Dell) via des marchés nationaux.
② Cette standardisation réduit le besoin apparent de compétences internes pointues — et donc la justification de recruter à des niveaux de rémunération compétitifs.
③ Les profils techniques partent vers le privé ou ne rejoignent pas la fonction publique. Les postes restent vacants.
④ Faute d'équipes capables de maintenir ou construire des alternatives, les académies renouvellent les mêmes contrats avec les mêmes éditeurs.
⑤ La dépendance se renforce. Le cycle recommence.
La pression des usages comme facteur aggravant
La même commission d'enquête a mis en lumière une autre dimension du problème. Le chef du service numérique des ministères économiques et financiers l'a formulée sans détour : « Disposer de solutions cohérentes avec celles employées dans des fonctions équivalentes dans le privé revient régulièrement dans les échanges. C'est pourquoi nous mettons parfois nos préférences techniques de côté. »
Cette phrase résume ce que j'ai vécu à Versailles. Ce n'est pas de la faiblesse. C'est la conséquence directe d'un écart de rémunération qui rend le recrutement et la fidélisation des profils techniques quasi impossibles dans les grandes académies d'Île-de-France.
Des avancées réelles, un chantier qui reste ouvert
Tant que la question des rémunérations dans les métiers numériques de la fonction publique ne sera pas traitée sérieusement — et distinctement des grilles générales — toute ambition de souveraineté restera une déclaration d'intention.
Il serait inexact de réduire la DNE à l'inaction sur ce sujet. Sous la direction d'Audran Le Baron, deux avancées structurelles significatives ont été obtenues entre 2023 et 2024.
La revalorisation de l'IFSE pour tous les corps informatiques. Une note DGRH C1 de juin 2024 documente les hausses effectives entre juin 2023 et janvier 2024.
Les montants progressent sur toute la pyramide : +978 € annuels pour les ATRF, +1 279 € pour les techniciens, +2 044 € pour les IGE, +3 063 € pour les IGR. Des hausses réelles, sur l'ensemble des corps.
La création d'un poste de Secrétaire Général – DRASI dans chaque région académique. Cette décision élève structurellement la fonction numérique dans l'organigramme académique, lui donnant une visibilité et une légitimité institutionnelle nouvelles.
Ces avancées sont réelles et saluables. Elles ne comblent pas encore l'écart de 15 % avec le secteur privé documenté dès 2019 par le rapport IGA/CGE/CGéfi.
Comme je l'écris dans mon article dédié à la marque employeur DSI : « la revalorisation de la filière dans les textes n'a pas encore modifié sa perception dans les esprits ». C'est précisément là que le travail reste à faire.
Auzeville : quand l'infrastructure décide à la place du DSI
Le rapport CIANum décrit la capture technologique comme un phénomène abstrait. En réalité, il a une adresse concrète dans l'Éducation nationale : Auzeville-Tolosane, en Haute-Garonne, où sont centralisés les datacenters mutualisés du ministère.
Le mécanisme est simple et redoutable. La DNE finance les infrastructures académiques via des marchés nationaux portant sur VMware, Dell, Microsoft. En centralisant l'infrastructure physique, elle impose en cascade les hyperviseurs, les constructeurs, les éditeurs.
Les DRASI héritent ainsi d'une pile technique décidée à Paris. Leur marge de manœuvre locale est nulle — non par manque de compétence ou de volonté, mais par construction.
C'est l'exact inverse du pilier de réversibilité posé par le CIANum. On ne peut pas changer de fournisseur quand le choix de fournisseur a été fait pour vous, à l'échelon national, avant que vous n'ayez signé quoi que ce soit.
La Normandie : un contre-exemple opérationnel
On présente souvent la centralisation sur Auzeville comme une évidence technique, voire une nécessité économique. J'ai dirigé la DSI de l'Académie de Normandie entre 2019 et 2021, après avoir été DSI de l'Académie de Versailles pendant quinze ans.
J'ai fait le choix de maintenir une infrastructure académique indépendante en Normandie, malgré les pressions de rationalisation. Le datacenter normand fonctionne toujours aujourd'hui, après mon départ.
Ce n'est pas un exploit technique. C'est une décision de gouvernance. Elle démontre que la dépendance à Auzeville est un choix — qui peut donc être différent. La Normandie n'est pas une exception exotique : c'est un contre-exemple documenté, opérationnel, et reproductible.
Si le CIANum cherche des expériences à capitaliser pour sa cartographie des pratiques souveraines, il en existe une, au criant, entre Caen et Rouen.
Vingt ans de lock-in documentés : la chronologie publique
Ce qui suit n'est pas une reconstitution. En effet, ce sont des faits publiquement documentés — tweets, articles de presse spécialisée, comptes rendus syndicaux, auditions parlementaires. Mis en séquence, ils racontent la construction méthodique d'un enfermement contractuel que personne n'a décidé d'un coup, mais que tout le monde a contribué à consolider.
De 2003 à 2026 : la chronologie publique
2024–2026 : quand les alertes arrivent trop tard
2025–2026 : les alertes institutionnelles
Recommandations du CIANum face à la réalité de terrain
| Pilier CIANum | Recommandation | Réalité de terrain — Éducation nationale |
|---|---|---|
| Réversibilité | Clause contractuelle systématique, portabilité des données, conditions de sortie négociées | Infrastructure centralisée sur Auzeville sans clause de réversibilité documentée. Rachat Broadcom/VMware 2024 : aucun levier de renégociation. |
| Diversification | Stratégie multi-fournisseurs, évitement de l'acteur unique | Partenariat Dell/VMware depuis 2003-2004. CLOE sur VMware Cloud Foundation. PHAC sur vSAN/HCX. Verrou infrastructurel quasi exclusif. |
| Compétences | Recrutement et fidélisation d'équipes numériques qualifiées, y compris chez les maîtres d'ouvrage | Revalorisation IFSE engagée (2023-2024). Écart de 15 % avec le privé non encore comblé. Difficultés de recrutement persistantes en Île-de-France. |
| Interopérabilité | Standards ouverts, formats d'export, absence de lock-in applicatif | Messagerie centralisée en cours (1,2 M d'agents). SI RH hébergé à Auzeville. Forte adhérence aux formats propriétaires Microsoft côté postes de travail. |
| Gouvernance | Cartographie des briques existantes, pilotage de la demande, coordination public-privé-communs | Création du poste SG-DRASI : avancée réelle. Mais DRASI sous la coupe des marchés nationaux DNE, marge de manœuvre locale réduite. |
| Communs numériques | Logiciels libres, open source, réduction des dépendances propriétaires | Nextcloud (300 000 utilisateurs), BigBlueButton, Tribu (Nuxeo). Efforts réels et visibles côté collaboratif. Encore marginaux sur l'infrastructure. |
| Sobriété | Mutualisation des outils, évitement des redondances | Mutualisation par centralisation. Mais centralisation sur pile propriétaire : la sobriété de moyens ne produit pas la souveraineté d'usage. |
Ce que cette chronologie enseigne
La réversibilité : la clause manquante
Parmi les huit piliers listés par le CIANum, la réversibilité est celui qui me semble le plus opérationnellement actionnable — et le plus systématiquement absent des contrats publics actuels.
Concrètement, quand j'accompagne aujourd'hui une organisation publique dans ses choix d'architecture ou de gouvernance IT, la première question que je pose n'est pas « quel outil ? ». C'est : « dans quelle condition pourrons-nous en changer ? »
Cette question change tout. Elle oblige à anticiper le coût de la sortie avant d'entrer. Dès lors, les formats d'export, la portabilité des données et les conditions de résiliation deviennent des objets de négociation — pas des détails techniques à régler après signature. En rendant visible le prix réel du lock-in, elle transforme la décision d'achat en décision de gouvernance.
C'est souvent la question qu'on n'a pas posée dix ans plus tôt. C'est pourquoi le renouvellement suivant devient inévitable.
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Conclusion
La trajectoire que cette chronologie révèle n'est pas le résultat de mauvaises décisions individuelles. Elle est, au contraire, la conséquence d'une accumulation de choix cohérents, pris dans des contextes différents, par des acteurs responsables. C'est précisément pourquoi la correction devra être systémique — pas disciplinaire.
Le rapport du CIANum ouvre ainsi un débat indispensable. Pour la première fois, les mots existent pour décrire ce que beaucoup de DSI publics vivent depuis longtemps : la capture par l'infrastructure, le déficit de compétences comme fabrique de dépendance, l'absence de réversibilité comme stratégie par défaut.
La question n'est plus de savoir si la souveraineté numérique est souhaitable. La question est désormais de savoir combien de temps nous accepterons encore que l'absence de réversibilité tienne lieu de stratégie.
Le rapport du CIANum est une base de travail sérieuse. Il mérite d'être lu, discuté, et traduit en actions concrètes dans chaque contexte territorial. Je suis disponible pour accompagner cette réflexion — que vous soyez une organisation publique cherchant à reprendre la maîtrise de sa trajectoire numérique, ou un éditeur souhaitant s'adresser sérieusement aux décideurs du secteur.
→ Contactez-moi : jacky@jgconsultants.fr
