AI Omnibus : simplifier la réglementation ne simplifie pas la gouvernance
Gouvernance des dépendances numériques

AI Omnibus : simplifier la réglementation ne simplifie pas la gouvernance

Publié le 27 juillet 2026 — Jacky Galicher, consultant en gouvernance IT et souveraineté numérique

Le 27 juillet 2026 marque une nouvelle étape dans la politique européenne de l'intelligence artificielle. Avec l'entrée en vigueur de l'AI Omnibus, la Commission européenne ajuste l'AI Act. L'objectif : le rendre plus lisible, plus proportionné et moins contraignant pour les entreprises, notamment les PME.

L'objectif est compréhensible. En effet, depuis plusieurs mois, les acteurs économiques alertaient sur un risque : une réglementation trop complexe pourrait freiner l'innovation européenne face aux géants américains et chinois. L'Omnibus répond ainsi à cette préoccupation. Il reporte certaines échéances, simplifie plusieurs procédures administratives et élargit les possibilités d'expérimentation grâce aux bacs à sable réglementaires.

Mais derrière cette simplification apparaît une question plus profonde : peut-on alléger les obligations sans fragiliser la gouvernance ?

La conformité n'est pas la maîtrise

Car la gouvernance ne se résume pas à la conformité. Elle consiste avant tout à permettre aux organisations de décider en connaissance de cause. Concrètement : quels modèles utiliser, quelles données partager, quelles dépendances accepter, quels risques assumer et quelles responsabilités conserver.

Or un point de la réforme mérite une attention particulière. La référence à une obligation générale d'alphabétisation à l'intelligence artificielle disparaît. À la place : une simple incitation à développer une culture de l'IA.

Le changement peut sembler mineur. Il ne l'est pas.

Les incidents liés à l'IA ne proviennent pas uniquement de défauts techniques. En réalité, ils naissent le plus souvent d'un manque de compréhension : des usages, des limites des modèles, des biais, des enjeux juridiques ou encore des dépendances technologiques. Autrement dit, la première mesure de sécurité n'est pas un texte réglementaire. C'est la capacité des décideurs à comprendre ce qu'ils déploient.

Passer de la conformité à la souveraineté de décision

Cette évolution intervient à un moment charnière. Les organisations font en effet face à une multiplication des IA génératives, des agents autonomes et des modèles intégrés dans les applications métier. Désormais, le risque n'est plus seulement celui d'une mauvaise conformité ; c'est celui d'une perte progressive de maîtrise.

Depuis plusieurs années, nous parlons de souveraineté numérique. Demain, il faudra surtout parler de souveraineté de décision. Une organisation peut en effet respecter toutes les obligations réglementaires. Et pourtant devenir totalement dépendante de quelques plateformes, de quelques modèles propriétaires ou de quelques fournisseurs de cloud.

La conformité ne garantit pas l'autonomie.

L'AI Omnibus traduit une évolution importante de la stratégie européenne. Il s'agit de passer d'une logique de contrôle administratif à une logique de soutien à l'innovation. Ce choix peut être pertinent, à une condition toutefois. Il faut que les entreprises profitent de cette simplification pour investir davantage dans leur gouvernance, plutôt que de considérer le sujet réglementaire comme secondaire.

En définitive, la prochaine bataille de l'intelligence artificielle ne sera probablement pas celle des modèles. Elle sera celle de la capacité des organisations à conserver la maîtrise de leurs décisions.

La réglementation peut être simplifiée. La gouvernance, elle, ne pourra jamais l'être.

Jacky Galicher
Consultant, ancien DSI de l'académie de Normandie

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