Gouvernance & Leadership DSI
Dire ce que l'on fait.
Faire ce que l'on dit.
Du Trophée itSMF 2013 au Trophée du Marketing de la DSI 2017 : comment une conviction portée dans la durée, la valorisation des équipes et une crédibilité construite pas à pas ont transformé la DSI de l'académie de Versailles en référence nationale — au-delà du secteur public.
Le point de départ : une conviction exprimée en 2012
En octobre 2012, le SNPDEN publie dans sa revue Direction (n°202) un entretien avec le DSI de l'académie de Versailles. Le sujet : le pilotage d'un système d'information académique. La conclusion, en revanche, dépasse largement le technique.
Elle tient en trois phrases : « Les DSI performantes seront celles qui auront su acquérir une forte réactivité et une vitesse opérationnelle optimale. Elles devront renforcer la gestion de la relation avec leurs utilisateurs et développer le marketing de la DSI. C'est ce que je fais au quotidien au sein de l'académie de Versailles. »
Ce n'est pas une posture. C'est un programme. Ce programme va d'ailleurs mettre cinq ans à être reconnu publiquement — avec deux candidatures non couronnées entre la parole et la récompense.
Les DSI performantes devront renforcer la gestion de la relation avec leurs utilisateurs et développer le marketing de la DSI.
SNPDEN — Revue Direction n°202, octobre/novembre 2012La crédibilité ne se décrète pas. Elle se démontre.
Trop de DSI attendent d'avoir gagné pour communiquer. C'est une erreur de séquence. En réalité, la crédibilité d'une direction informatique ne se construit pas dans un discours. Elle se bâtit dans la durée, par l'accumulation de preuves tangibles.
Ces preuves doivent venir de l'extérieur. Auprès d'un recteur ou d'une administration centrale, une reconnaissance externe vaut bien plus qu'un rapport interne bien rédigé. C'est précisément la logique qui a guidé la trajectoire de la DSI de l'académie de Versailles entre 2006 et 2018.
La méthode est simple à énoncer, difficile à tenir : poser une vision, la rendre opérationnelle, la faire valider par des tiers, puis recommencer. Non pas pour la gloire des prix, mais parce que chaque reconnaissance externe renforce la légitimité interne de la direction et de ses équipes.
La chronologie complète
Pitch 2017 — Partie 1 : la démarche client de la DSI de l'académie de Versailles
Pitch 2017 — Partie 2 : la méthode des personas et l'écoute client
Pitch 2017 — Partie 3 : Cariina, le chatbot de selfcare et les enjeux du trophée
Valoriser ses collaborateurs n'est pas une option. C'est la condition.
Un trophée ne se gagne pas seul. Affirmer cela clairement, dans chaque présentation et devant chaque jury, n'est pas un geste de modestie convenu. C'est avant tout une conviction managériale profonde — et un choix stratégique assumé.
La slide de clôture du pitch 2017 le dit sans ambiguïté : « Merci à toutes les équipes qui ont collaboré à cette réalisation : Angélique, Caroline, Fatima, Fiona, Hugues, Jacques, Jean-Philippe, Nadine. » Des prénoms. Pas des fonctions. Des personnes nommées, visibles, remerciées publiquement.
Trois effets concrets de cette posture
Cette approche produit des résultats que tout DSI devrait méditer.
Une équipe dont le travail est nommé et reconnu publiquement s'approprie la démarche. Elle ne l'exécute plus : elle la porte. La différence est fondamentale. D'un côté, un plan de communication que les conseillers appliquent. De l'autre, une culture orientée client qu'ils incarnent au quotidien. Ainsi, la plate-forme d'assistance de Versailles a pu s'ouvrir progressivement au premier degré, aux collectivités territoriales, puis aux académies de Créteil et de Rouen. Cela a été possible parce que les équipes avaient intégré les processus comme leur propre mode de travail — et non comme une contrainte venue d'en haut.
Chaque récompense externe est un argument que le DSI n'a pas à construire lui-même. Face au Recteur ou à l'administration centrale, ce n'est plus le DSI qui affirme que sa direction est performante. C'est un jury composé de pairs du secteur privé — RATP, Total, Vinci — qui le certifie. Or, la preuve extérieure vaut dix fois le rapport interne. Elle coupe court aux discussions sur les moyens, sur la légitimité de la démarche, et sur la pertinence d'investir dans la relation client au sein d'une administration publique.
Travailler dans une DSI qui gagne des trophées face à des entreprises du CAC 40 change la perception du métier. Dans un contexte où l'Éducation nationale peine à attirer et retenir des compétences informatiques, cette visibilité a une valeur concrète. Elle donne aux agents une raison de rester. Elle offre également aux partenaires — collectivités territoriales comme éditeurs — une raison de s'engager sérieusement dans la durée.
La jalousie : un signal, pas un problème.
Toute démarche de valorisation qui réussit génère des réactions mitigées. Certains collègues DSI s'interrogent sur les moyens mis en œuvre. Des services académiques se demandent pourquoi la DSI communique autant. Des commentaires émergent sur la frontière entre promotion légitime et auto-promotion excessive.
C'est sain. C'est même un indicateur fiable : quand personne ne réagit à votre démarche, c'est qu'elle n'existe pas vraiment. En d'autres termes, la jalousie est la preuve que quelque chose de visible a été construit.
Comment répondre à ces réactions ?
La tentation est de se justifier ou de réduire la voilure. C'est pourtant la mauvaise réponse. Il vaut mieux maintenir le cap sur deux principes : la cohérence entre le discours et les actes, et la rigueur dans la mesure des résultats.
Tant que les indicateurs sont là — taux de satisfaction à 95 %, SLA tenus, enquêtes de satisfaction aux résultats publics — la communication est légitime. Elle ne raconte pas ce que l'on voudrait faire. Elle documente, au contraire, ce qui a déjà été accompli.
La jalousie est la preuve que quelque chose de visible a été construit. La bonne réponse n'est pas de se justifier : c'est de maintenir le cap sur la cohérence entre le discours et les actes.
Jacky Galicher — jgconsultants.frCe que cette trajectoire enseigne aujourd'hui
En 2012, dans les pages du SNPDEN, le DSI de l'académie de Versailles annonçait que les directions informatiques performantes développeraient le marketing de la DSI. À l'époque, ce sujet était rare dans le secteur public. Il était même quasi inexistant dans l'Éducation nationale.
Cinq ans plus tard, en 2017, le jury des Trophées du Marketing de la DSI a confirmé cette intuition. Composé de représentants d'entreprises privées de premier plan, il a récompensé une académie face à des acteurs comme la RATP, Total ou Vinci Energies. Non pas par bienveillance institutionnelle, mais parce que la méthode était solide, les résultats mesurables et la démarche cohérente dans la durée.
Des principes qui n'ont pas vieilli
Pour tout DSI — public ou privé — qui cherche à construire sa crédibilité dans la durée, les enseignements de cette trajectoire restent pleinement valables aujourd'hui.
Dire ce que l'on fait. Faire ce que l'on dit. Valoriser ceux qui le font avec vous. Accepter ensuite que la visibilité génère des frictions. Et recommencer.
C'est moins spectaculaire qu'une transformation digitale annoncée en six mois. C'est néanmoins infiniment plus durable — et plus crédible aux yeux de ceux qui comptent vraiment.
Cariina — le chatbot de selfcare de la DSI de l'académie de Versailles, lauréat du Trophée du Marketing de la DSI 2017 Secteur Public.
Interview réalisée par IT Social à l'occasion des Trophées du Marketing de la DSI — Académie de Versailles.
Une conviction, pas une stratégie de communication.
Ce qui distingue une démarche de marketing de la DSI qui dure d'une opération de communication ponctuelle, c'est précisément cela : la conviction qu'elle exprime quelque chose de vrai sur ce que la direction fait chaque jour — et pas seulement sur ce qu'elle voudrait que l'on croie.
L'académie de Versailles n'a pas gagné le Trophée du Marketing de la DSI parce qu'elle avait une belle présentation. Elle l'a gagné parce que la présentation documentait dix ans de travail réel, mesuré, et porté collectivement.
C'est la seule forme de crédibilité qui tienne dans la durée — face à un recteur, face à une administration centrale, et face à ses propres équipes.
