Souveraineté numérique : une conviction de terrain, déjà en 2018
En septembre 2018, le journaliste IT Yves Grandmontagne consacrait un reportage complet au datacenter de l'Académie de Versailles, dont j'assurais alors la direction des systèmes d'information. Le relire aujourd'hui, dans le contexte des débats actuels sur la souveraineté numérique de l'État, prend une résonance particulière.
Un datacenter au service de 1,2 million d'élèves
À l'époque, l'Académie de Versailles représentait déjà un écosystème considérable : 1,2 million d'élèves et étudiants, 100 000 personnels enseignants et administratifs, et plus de 2 millions de parents susceptibles de se manifester à tout moment. Gérer l'informatique d'une telle structure imposait une priorité claire, que je formulais alors sans détour : la sécurité d'abord, et tout le reste s'organise autour.
Concrètement, cela s'est traduit par deux salles serveurs en miroir, un plan de reprise d'activité (PRA) construit conjointement avec l'Académie de Paris — chacune hébergeant la sauvegarde et les outils de reprise de l'autre —, et l'accueil d'un nœud stratégique du réseau Renater, garant d'une meilleure résilience réseau pour l'ensemble du datacenter.
Cloud souverain : une réponse déjà posée
Le reportage de Yves Grandmontagne contient une phrase que je n'ai jamais reniée, et qui résume à elle seule ma position face à la vague du cloud public qui montait déjà à l'époque : « L'Académie c'est l'État, et l'État c'est le cloud souverain. »
Cette conviction n'avait rien d'une posture théorique. Elle découlait directement de l'expérience opérationnelle : quand on porte la responsabilité des données scolaires de plusieurs millions de mineurs, la question de la localisation et de la maîtrise des données n'est pas un débat idéologique, c'est une exigence de gestion des risques.
Pour autant — et le reportage le suggère en creux — cette position n'excluait pas une approche pragmatique : un débordement maîtrisé vers le cloud public restait envisageable pour certains usages, comme un portail de services aux enseignants. Autrement dit, déjà à l'époque : une autonomie stratégique graduée, et non une rhétorique souverainiste binaire. C'est exactement la grille de lecture que je défends aujourd'hui en tant que consultant.
De 2018 à 2026 : la même ligne
Huit ans plus tard, les termes du débat ont changé — on parle désormais d'Ariane, de transposition NIS2, de la dépendance de l'Éducation nationale aux grands fournisseurs cloud américains, ou des contradictions entre discours de souveraineté et pratiques effectives de certains acteurs publics. Mais le fond reste identique : sans cartographie des risques, sans volonté politique de faire de l'État un client structurant pour des alternatives souveraines, et sans réforme culturelle profonde des organisations IT publiques, la souveraineté numérique restera un slogan.
Ce reportage de 2018 n'est donc pas qu'un souvenir nostalgique. Il témoigne qu'une part importante des enjeux d'aujourd'hui était déjà identifiable — et identifiée — sur le terrain, près de huit ans avant que le sujet ne devienne central dans le débat public. C'est cette expérience du "côté acheteur", au cœur de l'opérationnel, qui nourrit aujourd'hui mon accompagnement des DSI et des organisations publiques.
Reportage original : Yves Grandmontagne, septembre 2018.
