De SIRHEN à l’IA : comment conserver la maîtrise de ses compétences stratégiques ?

Un projet ambitieux au service de la modernisation

Le projet SIRHEN répondait à une ambition légitime : moderniser la gestion des ressources humaines de l'Éducation nationale et remplacer un ensemble d'applications vieillissantes.

Comme beaucoup de grands programmes de transformation, il s'inscrivait dans un environnement particulièrement complexe : multiplicité des acteurs, diversité des métiers, exigences réglementaires, contraintes budgétaires et évolutions permanentes des besoins.

Cette complexité n'est d'ailleurs pas propre au secteur public. Toute grande organisation confrontée à une transformation majeure retrouve des problématiques similaires.

L'importance d'une maîtrise d'ouvrage forte

L'une des principales leçons que je retiens concerne le rôle central de la maîtrise d'ouvrage.

Les prestataires apportent des compétences indispensables. Ils permettent de mobiliser rapidement des expertises spécialisées et de renforcer les équipes internes.

Mais aucune prestation externe ne peut se substituer durablement à la capacité d'une organisation à définir sa vision, à arbitrer ses priorités et à conserver la maîtrise de ses choix stratégiques.

La responsabilité de la transformation doit rester portée par l'organisation elle-même.

L'équilibre entre compétences internes et prestations externes

La Cour des comptes a souligné l'importance du recours aux prestations externes dans le programme SIRHEN. Elle a notamment relevé que les dépenses externalisées représentaient une part significative du coût du projet et que jusqu'à deux tiers des effectifs mobilisés étaient constitués de consultants externes.

Ces constats ne doivent pas conduire à opposer ressources internes et prestataires.

La véritable question est ailleurs : comment construire un équilibre permettant de bénéficier des meilleures expertises tout en conservant durablement les compétences stratégiques au sein de l'organisation ?

Lorsque les projets s'inscrivent dans la durée, la transmission des connaissances, la capitalisation de l'expérience et l'autonomie des équipes deviennent des enjeux majeurs.

Ces programmes mettent aussi à rude épreuve les équipes internes. J'ai vu des agents compétents perdre le sens de leur mission dans des organisations matricielles opaques. La maîtrise stratégique ne se résume pas à des organigrammes : elle passe par des managers capables de tenir leurs équipes dans la durée, avec exigence et bienveillance.

Une question toujours d'actualité à l'heure de l'IA

Aujourd'hui, l'intelligence artificielle transforme à son tour les modes de travail.

Les organisations font appel à de nouveaux partenaires spécialisés, expérimentent de nouveaux outils et recherchent des compétences parfois difficiles à recruter.

La situation présente certaines similitudes avec les grandes vagues de transformation numérique du passé.

L'IA peut accélérer les projets, améliorer la productivité et faciliter la prise de décision. Mais elle ne dispense pas les organisations de conserver une compréhension suffisante de leurs processus, de leurs données et de leurs choix stratégiques.

La question de la maîtrise reste entière.

Ce que je retiens

Avec le recul, les enseignements les plus durables des grands programmes de transformation ne sont pas technologiques.

Ils concernent avant tout la gouvernance, les compétences, la conduite du changement et la capacité des organisations à apprendre collectivement.

Les technologies évoluent rapidement. Les facteurs de succès, eux, demeurent remarquablement constants : une vision claire, une gouvernance solide, un équilibre entre expertises internes et externes et l'engagement des femmes et des hommes qui portent les transformations.

Car derrière les systèmes, il y a des équipes. Et derrière les équipes, il y a des managers qui doivent conjuguer courage, bienveillance et capacité à donner du sens — y compris quand les projets dérapent.

À l'heure où l'intelligence artificielle ouvre une nouvelle étape de la transformation numérique, ces enseignements me semblent plus actuels que jamais.

Jacky Galicher
Ancien DSI de l'académie de Versailles – Consultant en transformation numérique, cybersécurité et intelligence artificielle.

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